L’ECHAPPEE BELLE : SENEGAL

En mai dernier, Coralie Florino est partie en voyage au Sénégal, pays pour lequel elle a eu un gros coup de coeur et dont on entend que très peu parler. En mission photo pour l’association Pour une enfance qui a ouvert un centre à Mbour, au Sud de Dakar près de Saly, pour les enfants talibés, elle nous raconte…

Alors. Les talibés, c’est tout une histoire. En définition il s’agit simplement du mot qui désigne les enfants qui apprennent le Coran dans une école coranique. Sur le papier, rien de bien méchant, sauf que dans la réalité c’est un peu différent.

Les Sénégalais étant, de culture, très religieux, l’apprentissage du Coran est donc de la plus haute importance pour eux. Les familles suffisamment aisées envoient leurs enfants à l’école académique la semaine et à l’école coranique le weekend (ou week »no »end en l’occurrence).

Mais d’autres familles (soit parce qu’elles sont moins aisées, soit parce qu’elles se retrouvent avec un n-ième enfant à charge, soit encore parce qu’elle sont très religieuses) envoient leurs enfants en « pension » dans un daara (une école coranique) où un maître spirituel appelé « marabout » va s’occuper d’eux jusqu’à leurs 20 ans.

De nombreuses dérives de la part des marabouts en font aujourd’hui un problème de société important au Sénégal. Les familles n’ayant évidemment pas les moyens de financer le marabout, celui-ci va envoyer les enfants mendier la journée. Et puis, les daaras sont vétustes et les talibés souvent maltraités et sans accès a une vraie éducation puisqu’ils partagent leur temps entre mendicité et apprentissage du Coran.

 

Donc voilà, c’est dans ce contexte pas très rigolo que je me suis retrouvée au Sénégal et pourtant…

J’ai découvert un pays fabuleux où les gens, malgré la misère, m’ont appris ce qu’était le vrai sentiment de bonheur. Manger à la main dans un même plat, prendre des douches froides à toute heure de la journée, monter à 7 dans un taxi, revenir à pied de la plage et s’arrêter tous les 3 minutes pour parler avec quelqu’un, aller boire le thé à la menthe sur les toits à la tombée de la nuit, ne rien planifier, marcher pied nu dans le sable chaud et rencontrer toute sorte d’animaux en liberté, se faire des amis aussi vite que de tendre les bras…

Je suis partie avec la volonté d’aider et j’ai l’impression que c’est le Sénégal qui m’a aidé. La « Teranga » comme ils l’appellent. L’hospitalité, l’entraide et la joie de vivre sont liées intrinsèquement à ce pays.

 

Sur la fin de mon voyage, j’ai remonté la côte en voiture jusqu’à St Louis et découvert les paysages désertiques de baobabs puis l’île en elle-même et ses maisons typiques de l’époque coloniale, son fleuve, ses habitants… J’en garde un souvenir incroyable.

Mais, pour être tout à fait honnête, j’ai eu une grosse frayeur à mon arrivée car je me suis perdue et les rues n’ont pas de noms et les maisons pas de numéros au Sénégal. Et comme je n’allais pas à l’hôtel mais chez l’habitant, c’était encore plus compliqué. La personne qui devait venir me chercher à l’aéroport s’est trompée d’heure et n’est pas venue. Je n’avais aucune adresse et très peu d’argent sur moi.

 

Le pays n’est pas avenant de prime abord, les odeurs sont fortes, les gens tout de suite familiers, les routes dangereuses, les déchets et la saleté omniprésents… Tout est globalement très dépaysant et cela peut-être angoissant quand on débarque et qu’on voyage seule.

Mais il paraît que si tout se passe comme prévu, sans heurt et sans frayeurs, c’est que l’on a raté son voyage. En tout cas, j’aime me remémorer que je suis arrivée et repartie de ce pays… en pleurant !